Rapport d'activité - Campagne de 2014

Écrit par Super Utilisateur

 

La première partie de la campagne 2014 de la MATD sur le Tell Dibgou a débuté le 10 juin 2014 et s’est achevée le 21 juin 2014. Le CSAE était représenté par Monsieur l’inspecteur Mohammed Ahmad Mohammed Mustafa (inspecteur). La seconde partie de la saison 2014 de la Mission sur le Tell Dibgou a débuté le 13 septembre 2014 et s’est achevée le 26 septembre 2014. Le CSAE était représenté par Monsieur l’inspecteur ‘Ezz ed-Din Sa‘id ‘Ezz ed-Din.

Au cours de ces deux périodes, la mission a bénéficié de l’intérêt soutenu du Docteur Metwalli Saleh Salama (directeur général de la circonscription de Sân el-Hagar) et de Monsieur ‘Abd es-Salam Mansour ‘Abd es-Salam (directeur de la circonscription de Sân el-Hagar).

L’équipe était constituée de Philippe Brissaud (directeur), de Christelle Desbordes (directrice adjointe), de Béatrice Magdinier (archéologue) et de Bruno Robert (céramologue).

 

Vue générale du tell prise en direction du Sud-ouest en juin 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)
Vue générale du tell prise en direction du Sud-ouest en juin 2014
(Cliché MATD / Christelle Desbordes)

 

Premiers pas sur le site : opérations de prospection et de topographie

 

L’ensemble de la surface du site a été prospecté de manière pédestre afin d’étudier les divers aspects de sa topographie et de sa stratigraphie. Les opérations menées par la Mission ont permis d’apporter un premier éclairage sur l’étendue de la cité ainsi que sur sa longévité et sur la richesse des données que contiennent ses ruines. La grande superficie du tell (167 feddan, soit environ 70 hectares) montre que l’agglomération de Dibgou était incontestablement importante.

 

Vue générale du tell prise en direction du Nord en juin 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)
Vue générale du tell prise en direction du Nord en juin 2014
(Cliché MATD / Christelle Desbordes)

 

L’examen de la céramique de surface indique clairement que le site a régulièrement été occupé sous la Troisième Période Intermédiaire, la période saïto-perse, les époques ptolémaïque, romaine et byzantine, l’histoire de la ville s’achevant dans les premiers siècles de l’époque musulmane.

Un plan topographique complet du tell a en outre été dressé. Il offre désormais un excellent outil de travail pour développer scientifiquement l’étude des lieux.

 

Résurrection d’une cité byzantine et médiévale

 

Plusieurs secteurs ont été fouillés qui contenaient des niveaux d’occupation et des constructions datant des époques byzantine et islamique.

Dans les pentes nord du tell, au cœur d’une zone où affleurait de la céramique romaine et byzantine, quatre citernes servant à stocker l’eau, d’un type attribuable à l’époque byzantine, ont été identifiées et étudiées. Ces constructions, parfois conservées sur plus de deux mètres de hauteur, sont bâties en briques cuites solidement cimentées et sont installées au milieu de murs en briques crues.

 

Vue de l’une des citernes mises au jour sur le tell, prise en direction du Nord-ouest en juin 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)
Vue de l’une des citernes mises au jour sur le tell, prise en direction
du Nord-ouest en juin 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)

 

Vue d’une autre des citernes mises au jour sur le tell, prise en direction du Sud en juin 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)
Vue d’une autre des citernes mises au jour sur le tell, prise en direction
du Sud en juin 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)

 

De part et d’autre de la citerne située la plus à l’Est, nous avons découvert plusieurs sépultures en pleine terre, tandis qu’un autre squelette, très dégradé par le passage d’une rivière sèche, a été repéré plus au Sud.

 

Fouille d’une sépulture située à proximité de l’une des citernes mises au jour sur le tell. Vue prise en direction du Nord-ouest en juin 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)
Fouille d’une sépulture située à proximité de l’une des citernes mises au jour sur le tell.
Vue prise en direction du Nord-ouest en juin 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)

 

De l’autre côté du site, sur les hauteurs qui forment les marges orientales de la grande cuvette centrale du tell, plusieurs sondages ont révélé la présence de constructions en briques cuites conservées par endroits sur près de deux mètres d’élévation. Les bâtiments possédaient encore portes et ouvertures ainsi que certains éléments architecturaux en bois, poutres et éléments de seuil notamment. Ces constructions, qui peuvent être datées des premiers siècles de l’époque musulmane, nous permettent de redécouvrir la cité médiévale de Dibgou dans les derniers temps de son existence.

 

Vue des constructions en briques cuites mises au jour sur les collines orientales du tell, prise en direction de l’Est en septembre 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)
Vue des constructions en briques cuites mises au jour sur les collines orientales du tell,
prise en direction de l’Est en septembre 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)

 

Vue verticale du seuil en bois et briques cuites de la porte d’une construction en briques cuites mise au jour sur les collines orientales du tell. Septembre 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)
Vue verticale du seuil en bois et briques cuites de la porte d’une construction en briques cuites
mise au jour sur les collines orientales du tell. Septembre 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)

 

Un dernier sondage a enfin été effectué un peu plus au Nord, sous la forme d’une très longue tranchée Ouest - Est. Des terrains de nature détritique ont ici été déposés d’une manière horizontale très surprenante sur près de dix mètres d’épaisseur. Cette disposition ne peut s’expliquer que s’il a existé dans les siècles passés, et plus à l’Est encore, une construction ou d’autres terrains qui ont actuellement totalement disparu et contre lesquels venaient autrefois buter les niveaux horizontaux mis au jour. A l’Ouest, les terrains horizontaux passent sous un niveau de constructions en briques cuites du type de celles repérées dans les sondages précédents.

 

Vue de la tranchée Ouest - Est réalisée sur la pente orientale du tell, prise en direction du Nord-est en septembre 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)
Vue de la tranchée Ouest - Est réalisée sur la pente orientale du tell,
prise en direction du Nord-est en septembre 2014
(Cliché MATD / Christelle Desbordes)

 

A ces ensembles architecturaux marqueurs de la Dibgou tardive s’ajoutent les ruines des très nombreuses constructions en briques cuites qui couvrent les crêtes et l’intérieur de la cuvette centrale du tell, laissant ainsi présager pour les saisons à venir la mise au jour de nombreux autres éléments constitutifs de la cité dans sa phase finale de développement.

Les terrains qui constituent la partie centrale du tell se sont par ailleurs révélés très favorables à la conservation des matériaux organiques, et en particulier du bois et des tissus, qui sont visibles en grand nombre dans les pentes, illustrant les époques fastueuses de la cité, alors atelier d’état pour la production de textiles à destination des califes et de leur cour. Le développement des fouilles dans ces secteurs au cours des saisons futures devrait ainsi permettre la découverte d’objets d’une qualité exceptionnelle marqueurs de la grandeur de la ville dans les derniers siècles de son histoire.

 

Naissance de la ville pharaonique de Dibgou

 

En divers endroits des parties sud et ouest du site sont apparus à la surface du terrain des tessons de poterie qui se rangent tous chronologiquement entre la Troisième Période Intermédiaire et la Basse Epoque, alors que dans les niveaux un peu plus élevés, d’autres tessons de poterie sont datables de la période gréco-romaine.

Par ailleurs, sur toute la périphérie basse du tell, de nombreuses traces de constructions en brique crue sont visibles à la surface du sol grâce à des différences de couleur. Afin de préciser ces constatations de surface, trois sondages ont été réalisés dans la partie sud du tell. Ils ont révélé la présence de niveaux d’occupation et de murs en brique crue de couleur jaune, comme il s’en rencontre sur le tell Sân el-Hagar (Tanis) dans les niveaux attribuables à la Troisième Période Intermédiaire et à la Basse Epoque. Le matériel céramique mis au jour dans ces zones date les lieux d’une période s’étageant de la Troisième Période Intermédiaire au début de l’époque saïte.

 

Vue des sondages réalisés dans la partie sud du tell, prise en direction du Sud en septembre 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)
Vue des sondages réalisés dans la partie sud du tell, prise en direction
du Sud en septembre 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)

 

Ces constatations architecturales et matérielles de première importance pour l’histoire du site confirment notre hypothèse selon laquelle la ville, d’origine pharaonique, est entrée dans l’histoire à la même époque que sa voisine Tanis, sous la Troisième Période Intermédiaire.

Dans cette perspective, le plan topographique que nous avons réalisé vient confirmer l’impression première que nous avions d’une organisation originelle de la ville pharaonique autour d’un temple dédié à une divinité, qui se devait d’être protégé du monde extérieur par une enceinte. Les courbes de niveau obtenues dessinent ainsi nettement les contours d’une enceinte qui se situe actuellement sous plus de dix mètres de niveaux d’occupation ultérieurs.

 

Plan schématique du tell Dibgou, avec emplacement qui se dessine de la probable enceinte du temple pharaonique. Septembre 2014 (Tracé MATD / Christelle Desbordes)
Plan schématique du tell Dibgou, avec emplacement qui se dessine
de la probable enceinte du temple pharaonique. Septembre 2014
(Tracé MATD / Christelle Desbordes)

 

La saison 2014 de la MATD à Dibgou a donc abouti à la découverte exceptionnelle d’une cité pharaonique jusqu’à présent totalement inconnue, dont les campagnes à venir n’auront de cesse de faire resurgir l’histoire.

 

Mise en valeur de l’ancienne Dibgou

 

Les recherches novatrices engagées en 2014 par la MATD sur le tell Dibgou suscitent un vif intérêt tant dans le milieu scientifique qu’auprès du grand public, et ce en France comme en Europe et dans le reste du monde.

Saisissant l’opportunité exceptionnelle d’être la toute première chaîne de télévision à pouvoir filmer la réalisation de fouilles sur le tell Dibgou et la renaissance progressive de cette ancienne cité, la chaîne japonaise TBS a décidé d’inclure les travaux de la Mission dans un documentaire dédié aux trésors de l’Egypte ancienne dont la diffusion est prévue au Japon à l’occasion du Nouvel An. Une équipe de tournage, autour du reporter Shunsuke Nakamura, a donc suivi avec engouement l’évolution des découvertes de la Mission tout au long de la seconde cession de fouille de sa saison 2014.

 

Tournage de l’équipe de télévision japonaise de la chaîne TBS au cœur de la fouille du tell Dibgou (Cliché MATD / Christelle Desbordes)
Tournage de l’équipe de télévision japonaise de la chaîne TBS au cœur
de la fouille du tell Dibgou (Cliché MATD / Christelle Desbordes)

 

En 24 jours de travail sur le terrain, les résultats obtenus par la MATD, d’un intérêt historique de premier plan, ont donc contribué à enrichir nos connaissances sur l’histoire de l’Egypte ancienne en faisant rejaillir de l’oubli une cité jusque-là méconnue.

Dibgou apparaît désormais comme une ville dont l’histoire s’étend sur plus de deux millénairesCité contemporaine de Tanis, elle achève ainsi son existence bien après que sa voisine eut disparu. Ancrée au cœur de la période pharaonique, elle se développe ensuite pendant plusieurs siècles avant de devenir le centre de production textile dont la littérature arabe vante le prestige dans tout le Proche-Orient

 

Vue de la fouille de constructions en briques cuites sur les collines orientales du tell, prise en direction de l’Est en septembre 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)
Vue de la fouille de constructions en briques cuites sur les collines orientales du tell,
prise en direction de l’Est en septembre 2014 (Cliché MATD / Christelle Desbordes)

 

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